I/ Les trois grands empêchements à la vacuité

I/ Les trois grands empêchements

" Les trois principaux empêchements pour changer d'univers sont les émotions, les désirs et les croyances. "

Car tous les trois sont les puissants moyens de l'attachement à cet univers, celui dans lequel nous vivons.

1/ Les émotions

Les émotions sont animées, chatoyantes, colorées, fascinantes, merveilleuses ou atroces, en tout cas, elles occupent bien l'esprit… et le corps qui en est à la fois la source et la manifestation. Les émotions sans détachement accrochent littéralement les personnes à l'univers, par l'ignorance de la réalité qu'elles produisent, par la préoccupation de l'esprit, par les réactions et comportements qu'elles entraînent. Les émotions sont comme la musique du film de notre vie, elles nous emportent, nous manipulent, nous séduisent  ou nous révulsent, mais elles ne nous laissent jamais au repos.

Les cinq émotions principales sont l'amour, la haine, la joie, la tristesse et la peur. Chacune contribue à sa façon à notre accrochage dans ce présent univers et entrave toute possibilité de réaliser un saut dans un univers différent.

2/ Les désirs

Les désirs sont les moteurs essentiels du changement et cela vaut aussi pour ce changement majeur qui est le saut dans un univers parallèle. Cependant, les désirs portent aussi une énorme charge d'investissement sur l'univers initial, celui dans lequel nous nous trouvons. Les désirs portent sur cet univers : nous voulons ceci ou cela — nous désirons une personne, une voiture, une maison, etc… Et d'ailleurs toute la société moderne est construite pour susciter des désirs, pour que ses désirs soient sans fin.

Dans les enseignements bouddhistes, on décrit les désirs comme un collier de perles sans fin, cela ne s'arrête jamais. Chaque désir entraîne le suivant et l'on n’est jamais satisfait.

Les désirs entraînent une véritable fascination pour la réalité matérielle dans laquelle la personne se trouve. Mais les désirs peuvent être aussi spirituels. Dans les enseignements bouddhistes, on parle de ces yogis, ascètes, ermites, soi-disant sages, qui se perdent dans la méditation profonde à la recherche effrénée du Nirvana. Eux aussi sont enchaînés à leur désir de réalisation spirituelle.

Bien entendu, le désir est nécessaire au départ, pour donner un motif au changement d'univers. Cependant, au-delà, il est important de pouvoir se détacher du désir, de prendre une distance intérieure par rapport aux désirs. Il est important de nourrir une confiance par rapport à ce désir et à notre capacité à le réaliser. Il s'agit de quitter l'urgence, l'impératif absolu, que prend souvent le désir. On peut le voir et exprimer ainsi, selon la métaphore : " Il convient tout d'abord de quitter les les flots tumultueux de la rivière de nos désirs et de s'asseoir au bord de cette rivière pour regarder passer nos désirs dans le détachement intérieur. "

3/ Les croyances

Les croyances sont très certainement le plus puissant des ancrages dans la réalité de cet univers. Si pour les émotions ou les désirs nous avons employé la métaphore de la rivière, pour les croyances, il faudrait employer celle d'un immense et puissant fleuve, mieux encore, la métaphore d'un grand océan agité de nombreuses tempêtes, dans lequel nous sommes ballotés de toutes parts.

Concevoir le monde, l'univers comme une réalité extérieure à soi, extérieur à notre corps, à notre cerveau, est une première croyance puissante qui nous attache à cet univers, conçu comme un univers matériel. Il ne s'agit pas non plus d' épouser la croyance inverse, la croyance idéaliste que seule existe la conscience et que tout le reste n'est que phénomène à la conscience. Réalisme et idéalisme sont pareillement des croyances qui nous attachent à une forme ou l'autre de réalité. Dépasser ce type de croyances existentielles consiste à reposer dans le tétralemme de la vacuité du monde phénoménal :

" Ni phénomène, ni pas de phénomène, ni phénomène et pas de phénomène, ni ni phénomènes ni ni pas de phénomène. "

" Ni monde extérieur, ni pas de monde extérieur, ni monde extérieur et pas de monde extérieur, ni ni monde extérieur ni ni pas de monde extérieur. "

" Ni corps, ni pas de corps, ni corps et pas de corps, ni ni corps ni ni pas de corps. "

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