La non dualité face au piège du mental, de l'ego

 

Lorsque nous parlons de la non dualité, nous parlons toujours de quelque chose dont on ne peut pas réellement parler. Si nous disons « c'est absolument parfait, et il n'y a rien à ajouter », nous sommes accusés de tomber dans l'absolu. Si nous disons « il existe une pratique et quelque chose que vous pouvez faire pour être plus près de ceci », nous sommes accusés par les fondamentalistes de la non dualité – ce qui fait de la non dualité une religion, la religion de la non pratique – d'être dans le relatif.

Bouddha lui-même dit: rejeter tous les aspects de votre propre existence et celle des autres... Mais aussi... Toutes les idées sur la non existence de ces concepts.

Lorsque nous nous attachons à des idées du soi, ou du non soi, à des idées de pratique ou de non pratique, nous tombons dans la dualité. Après y être tombé ainsi que dans d'autres pièges conceptuels pendant des années de recherche, ce qui peut être vu par la suite avec une clarté absolue, c'est que la non dualité ne peut tenir dans aucun concept, aucune philosophie ou système, pas même le plus ancien et le plus raffiné.

Le mental recherche toujours un endroit où se poser. Il peut s'arrêter sur « il n'y a pas de soi » ou « le choix existe pas » et bien d'autres positions... Mais la non dualité n'offre aucun espace. C'est une chute libre dans le non connu.

Nous voyons ici, un Intellect féroce et violent qui veut prendre position à tout prix, un mental qui ne peut se reposer tant qu'il n'a pas épuisé toutes les possibilités, toutes les permutations possibles de la pensée, il peut se contenter de rien de moins que la liberté absolue.

Au fil des années de recherche, tant de pièges sont révélés, tant de lourdes structures de pensée sont brisées à la base pour découvrir que rien n'est autre que lumière. Le mental a le pouvoir de se fixer de tant de manières différentes, sur un concept, une façon de penser, un système de croyances et en même temps – et c'est là qu'est toute l'ingéniosité — déclarer être libre de tout concept de toute croyance. L'ego peut trouver des milliers de façons différentes pour donner l'apparence qu'il n'y a pas d'égo.

Lorsque nous disons « il n'y a rien que nous puissions faire pour obtenir ceci », dès que cette situation se transforme en croyance, il est clair qu'elle perd toute validité. C'est pourquoi une personne qui croit réellement et fermement : « il n'y a rien à faire, tout est futile » et reste au lit toute la journée, celle-ci n'a pas entendu. Les indications sont devenues des concepts, elles se sont solidifiées en croyance, et conduisent à une stagnation et une dépression. C'est une erreur très commune.

Certaines personnes croient vraiment qu’il n'y a personne, pas de soi. Elle croit qu'il n'y a rien à atteindre, ni futur, ni pays, ni terre promise. La croyance est un problème. Dès qu'elle est formée, la stagnation commence. C'est une personne avec une croyance « c'est ma croyance contre la nôtre » et c'est sans fin.

Dans la vision claire qu'il n'y a rien à faire de particulier – parce que ceci est déjà complet – la stagnation disparaît. Ce qu'alors apparaît pour nous : c'est un saut hors du lit, le cœur grand ouvert pour une nouvelle journée de non connaissance. « Rien à faire » est simplement un concept. « Quelque chose à faire » un autre concept.

 

Nagarjuna dit : dire « c'est » est insisté sur la permanence. Dire » ce n'est pas » est abonder dans le nihilisme. Donc la personne sage, ne dites pas « c'est » ou « ce n'est pas ».

Et Bodhidharma dit: celui qui sait que l'esprit n'est que fiction et entièrement dénué de toute réalité, sait que son propre esprit ni existe, ni existe pas. Les mortels continuent de créer l'esprit, déclarant qu'il existe. Les immortels continuent de nier l'esprit, déclarant qu'il n'existe pas.

Le mental existe, le mental n'existe pas. Rien à faire, quelque chose à faire; pratique, non pratique; passé, non passé; soi, non soi; il n'est nul besoin de s'accrocher à l'une de ces polarités, ou même de nier ces deux polarités. Il arrive souvent que des personnes aillent voir les enseignants ou des non enseignants de la non dualité, ils entendent qu'il n'y a rien à faire pour atteindre la libération, ils abandonnent alors et dépriment.

Dans la clarté absolue, tout se termine dans le paradoxe absolu : rien à faire et beaucoup à faire, rien et quelque chose, le soi et le non soi, il n'y a personne, il y a quelqu'un. Les opposer s'effondre l'un dans l'autre, et ce qui est vu, c'est que la non dualité ne pourra jamais être comprise. Éloignons-nous au plus vite de quiconque clame l'avoir comprise ! C'est un plongeon dans le mystère, totalement au-delà des mots. C'est ce vers quoi tous les mots de tous les livres pointent réellement.

Au lieu d'être déprimant, les mots tels que : « c'est ceci » et « il n'y a pas de chemin » sont vus pour pointer vers cette libération, cet amour inconditionnel. Il est vu également qu'ils l'avaient toujours fait, mais nous ne pouvions pas le voir auparavant. Oui, il n'y a rien à atteindre, puisque tout est ici. L'intimité et l'amour inconditionnel si longtemps recherché sont vus être présents exactement ici.

Tout le paradoxe dualité/non dualité est alors résolu, et il est vu qu'il n'y avait jamais eu de paradoxe en réalité. La vision est que l'Un se manifeste apparemment en tant qu'êtres séparés. Les choses continuent d'être séparées en apparence, alors qu'en réalité elles sont la manifestation du tout. C’est la danse divine, le jeu cosmique, la Lila, le rien qui est un – tout cela peut rester à un niveau purement intellectuel, mais c'est la vision claire qui est montrée ici, pas seulement la compréhension intellectuelle. Dans cette vision, toutes les questions disparaissent, et nous n'avons aucun moyen de connaître ce qui reste.

Oui, tout finit dans le mystère, dans l'amour absolu. Comment pourrait-on communiquer cette intimité, la liberté, la paix, la vacuité et la plénitude d’être tout simplement assis en train d'écrire, de lire... Ou, tout simplement de respirer, ou encore de réceptionner des sons qui se produisent ? Ce qui se passe alors ne peut être mis en mots. Pourtant cela continu de briller moment après moment, même s'il n'existe aucun moment séparé. La recherche d'une vie entière se termine ici, là dans l'instant présent.

Comme nous avons été fous et innocent dans notre folie, lorsque pendant des années nous recherchions quelque chose de plus que ceci, alors que tout ce dont nous avions besoin était exactement ici, là, en cet endroit où je ne suis pas.

 

                                                                                         D'aprés l'ouvrage "Une absence extraordinaire" de Jeff Foster

 

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