II/ Les trois empêchements à la vacuité (les croyances suite)

 

Il en est de même pour la croyance en le soi, en forme de personnalité qui serait nous-mêmes, l'ego, le « je suis ». Cette croyance est en miroir avec celles portant sur un monde matériel extérieur au soi. C'est donc une croyance qui nous enchaîne encore et à l'environnement qui entoure le corps. Le soi prend de la consistance, il devient une chose quasi matérielle, une réalité-phare, autour de laquelle gravite tout le reste de la réalité. Cet ensemble de croyances, de l'univers et du soi temporel et spirituel, génère un fort accrochage au présent univers. Pour aller au-delà de la croyance du soi, il convient de se référer et de se reposer dans le tétralemme de la vacuité du soi (énuméré plus haut dans le texte).

Les superstitions sont aussi une puissante barrière empêchant le changement d'univers. Chaque superstition est une forme d'explication–solution qui ne nous permet pas de nous détacher de cet univers. Les superstitions ont toujours réponse à tout, aussi pourquoi ferions-nous un saut dans une autre réalité, dans un autre univers, alors que ce présent univers est en permanence transformable selon nos désirs, à l'aide de tous ces petits trucs des superstitions ?

Il en est de même des religions. Nous savons tous que certaines versions de la religion sont extrêmes, extrémistes, excessivement intolérantes, agressives et envisagent aisément le meurtre de tout ce qui s'oppose à elle. Avec de telles personnes, toute discussion est impossible et l'idée même de la discussion est en soi un blasphème punissable de mort.

Il va sans dire que ces versions extrêmes de la religion représentent un puissant ancrage dans le présent univers et interdisent tout espoir d’un saut dans un univers parallèle. Les religions sont généralement paternalistes et infantilisantes pour les humains. Les religions n'encouragent pas la pensée personnelle, mais au contraire, elles exigent que l'on adhère, sans aucune critique, à leurs conceptions, a leurs croyances, à leurs dogmes.

Les corpus idéologiques des religions sont, en général, simplistes et décrivent le monde paradoxalement tout à fait matérialiste, réaliste, dans lequel s'agitent des petits sois. Au-dessus existe un grand Soi, Dieu, le maître du jeu. Il y a la croyance en l'enfer ou le paradis, mais même ces visions infantiles, ne sont souvent que des extensions matérialistes de ce présent univers. Nous trouvons aussi la croyance en la réincarnation ou le soi naît, meurt et se réincarne dans notre corps, pour mener une nouvelle vie. De telles croyances sont un encombrement de l'esprit élaboré par l'esprit lui-même. Cela l'occupe, le rassure, lui donne « sens à la vie», mais tout cela n'est qu'attachement à l'univers phénoménal.

Le grand nombre de croyances religieuses, Dieu créateur, en une âme éternelle, en l'univers matériel, en une réalité après la mort, en la possibilité d'atteindre le nirvana, etc… sont des empêchements pour comprendre et vivre une véritable vacuité, à comprendre et ressentir profondément ses tétralemmes, cela représente un puissant attachement à cet univers et une entrave considérable pour envisager un quelconque saut dans un univers parallèle.

Le tantra Kulayaraja (tantra tibétain lié au bouddha ultime Adibuddha) l'un des textes fondamentaux qui se situe au-delà du Madhyamaka ( Mahayana/Nagarjuna), est très clair sur ce point : la vacuité est inatteignable pour ceux qui sont dans l'erreur liée à la croyance qu' il existe un chemin vers quelque chose qu'il faudrait atteindre, qu'il est nécessaire de faire les efforts pour obtenir quelque chose, qu’ il y a des causes et des effets et que l'on peut jouer sur les causes pour produire des effets, qu’il y a des actions laborieuses à mettre en route, des préceptes à suivre.

Le Kulayaraja nous parle alors de « rigpa », la conscience naturelle, celle qui voit précisément la vacuité et la vacuité de la vacuité. Nous nous situons ici, au-delà de toutes les conceptions et croyances et,évidemment, bien loin des religions. Les religions ne sont pas rejetées, même pas critiquées, le bouddhisme nous renvoie simplement à notre responsabilité personnelle, à nos choix personnels .

Rien,ni personne nous oblige à abandonner nos croyances, notre foi.Il est évident que pour atteindre «rigpa », pour se positionner dans la vacuité de la vacuité, on doit faire le choix personnel de l'abandon, mais non du rejet de la croyance religieuse. Et cela est un impératif certain pour pouvoir changer d'univers.

                                   Lama Darjeling Rinpoche ( changer d'univers)

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