De l’identification au « JE SUIS » personnifié à la révélation de la présence du « Soi » sans objet

Nous nous identifions habituellement à un mélange de pensées, de perceptions et de sensations. Cette identification au corps et au psychisme est profondément enracinée en nous. Comme les membres de notre entourage, nos enseignants, nos amis, etc…, croient qu’ils sont des entités personnelles, nous trouvons fort naturel de suivre leur exemple sans remettre en question cette croyance qui se révèlera à l’examen être à l’origine de notre misère.

Si l’entité psychosomatique est un objet, une collection personnelle et limitée de « mentations », c’est-à-dire de pensées, sensations ou perceptions, l’existence de cet objet implique la présence d’un témoin auquel il apparait. Ce témoin correspond à ce que nous entendons généralement par le terme de « conscience ». Si nous enquêtons sur notre réalité ultime, il s’avère que cette conscience est précisément ce que nous appelons « JE ». La majorité d’entre nous confond cette observation consciente avec le mental objet de l’observation, et surimpose les limitations personnelles du mental à la conscience, la conceptualisant ainsi comme une entité limitée.

Une analyse rigoureuse révèlera aisément que cette surimposition est dénuée de tout fondement logique ou expérimental. L’observateur ne peut pas être analysé en tant qu’objet. Toute limitation est nécessairement perçue ou conçue. Il en résulte que la conscience-témoin est libre de toutes limitations. Et cette affirmation du caractère illimitée de la conscience échappe par sa nature même au champ de la raison logique. La question de la nature personnelle ou impersonnelle de la conscience ne peut être tranchée par le mental qui atteint ici sa limite absolue.

Lorsque nous essayons de manière délibérée de visualiser ce témoin, nous nous trouvons dans une situation inhabituelle. Notre tentative semble à première vue échouer à cause du caractère subjectif de la conscience et de l’incapacité du mental à percevoir autre chose que des objets ; mais l’activité mentale, le courant de pensée actuel, semble se suspendre pendant un bref moment. Bien que cette sensation temporaire ne laisse aucune trace au niveau mémoire, cette non-expérience semble en garder un intense sentiment d’identité et une ineffable certitude d’être que nous décrivons ensuite par l’usage du pronom « J E » ou du verbe « JE SUIS ». Après un temps plus ou moins long, l’ego revient à la surface avec la pensée JE SUIS CE CORPS, JE SUIS CE MENTAL, projetant à nouveau les limitations spatio-temporelles d’une entité personnelle sur l’infinitude du « JE SUIS » qui, comme nous l’avons déjà noté, ne peut pas être affirmée au niveau mental, mais subsiste comme une sorte de parfum lors de la réapparition de l’univers objectif.

Ayant été informé de la présence de cet arrière-plan conscient et ayant reconnu notre « SOI Réel », nous sommes de plus en plus puissamment attirés vers cette non-expérience. Chaque nouvelle reconnaissance renforce le parfum de liberté et de félicité qui émane de cette nouvelle dimension.

"Au fur et à mesure que notre présence intemporelle devient plus tangible, notre vie quotidienne prend un tour nouveau. "

D’une part, nous confrontons désormais avec une différence bienveillante les personnes, distractions et activités qui exerçaient auparavant une forte attraction sur nous ; nos attachements idéologiques s’effacent sans raison apparente. D’autre part, notre concentration sur l’investigation de notre identité profonde s’intensifie sans aucun effort de notre part. Nous assistons à l’éclosion d’une haute intelligence qui approfondit notre compréhension intellectuelle et clarifie nos interrogations ontologiques. Maint conflit ou antagonisme s’en trouve réduit ou dissous. A ce stade, nous pouvons encore être habités par une agitation, un désir d’accomplissement, une nostalgie pour la félicité du Soi, un manque de liberté. Une vision fugitive de la vérité nous a été accordée, mais l’ultime ne s’est pas encore révélé dans toute sa majesté. Nous avons une certaine intuition de l’infinitude de notre nature profonde, mais nous n’en avons pas la certitude absolue. Nous semblons encore prisonniers de notre cellule, bien qu’un rai de lumière l’éclaire désormais.

Vient alors le moment ou l’ego s’efface dans notre présence silencieuse qui se révèle être la beauté éternelle, la vérité absolue et la félicité suprême que nous recherchions. Instantanément, nous nous trouvons établi dans la certitude de notre immortalité primordiale, peur et désir de l’ego nous quittent à jamais.

                                                                          (D’après les textes du « le sens des choses » de Francis Lucille)

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