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Jeff : sa quête vers l'illumination, et la mort du chercheur

 

'' Au début, je les arbres étaient des arbres, les montagnes étaient des montagnes, et les rivières étaient des rivières. Puis vint un temps où les arbres n'étaient plus des arbres, les montagnes n'étaient plus des montagnes, et les rivières n'étaient plus des rivières. Maintenant, les arbres sont de nouveau des arbres, les montagnes sont de nouveau des montagnes, et les rivières sont de nouveau des rivières."

Au début, les arbres étaient les arbres, les montagnes étaient des montagnes, et les rivières étaient des rivières. J'étais une personne ordinaire vivant ordinaire.

Puis lorsque j'ai eu une vingtaine d'années, au sortir d'une profonde dépression qui m'avait presque conduit au suicide, je suis devenu un chercheur sérieux. Je suis devenu accroc à l'idée de l'illumination spirituelle, j'y voyais l'échappatoire ultime à ce monde plein de souffrance et d'ignorance.

Le monde de la forme était devenu trop pour moi : je voulais m'en échapper dans vacuité, au-delà du monde, et y vivre. Je voulais débarrasser de Jeff et de tous les problèmes de l'existence : l'impermanence de chaque chose, l’inévitabilité de la mort, la nature illusoire du soi, la nature vide de tout phénomène et ma réponse à tout cela, c'était le détachement du monde.

Je suis allé trop loin et je suis tombé dans le vide. Je me suis tant détaché que le monde n'avait plus aucune importance pour moi. Je restais coincé dans la vacuité. Les arbres n'étaient plus des arbres, les montagnes n'étaient plus des montagnes, et les rivières n'étaient plus des rivières. Plus rien n’avait de nom. La vie était devenue froide, sans joie. Il n'y avait pas de moi, pas de vous, pas de chemin, pas de futur, pas d'amour, pas de vie, pas de sens. Le monde avait cessé d'exister pour moi. Et je pense être illuminé !

Hermann Hesse dans l'ouvrage « le lot des steppes » a mis des mots sur mon expérience

"je ne trouvais ni un chez moi, ni aucune compagnie, rien qu'une place de spectateurs, devant une scène où des étrangers jouaient des rôles étranges… Le temps et le monde, l'argent et le pouvoir appartenaient aux petites gens, aux personnes superficielles. Pour le reste, les hommes réels, il n'y avait rien."

Je croyais que j'étais un modèle, non pas un de ces ignorants qui étaient encore perdus dans le monde relatif, l'une de ces personnes, non spirituelle qui ne savait rien de leur vraie nature. Je pensais à cette époque, que c'était cela la non dualité : se détacher de la vie est demeuré dans le vide.

Ce que je ne pouvais pas voir alors, c'est que ce détachement total de la vie était complètement dualiste. Il faut une personne pour être détaché, et un monde pour en être détaché. Bien sûr, après une vie de souffrance, ce fut initialement un soulagement de trouver le vide et d'échapper à l'enfer qu'était devenue ma vie. Le vide toutefois s'était transformé en un autre piège.

Ce que j'avais complètement raté à l'époque, c'est que le vide est total plénitude. Je demeurais vacuité, mais il y avait encore un "moi" présent. Le vide ne s'était pas encore effondré dans la plénitude. Je n'étais pas encore mort. Je n'étais pas encore tombé amoureux de toute chose. C'est ce vers quoi tout se dirigeait.

Finalement, le détachement est tombé. Toutes choses s'effondrent un jour. Finalement, la mort de la personne se produisit, la personne qui pouvait être détachée ou non, et avec elle, la révélation, pour personne, que « c'est simplement ceci ». L'absence de joie disparut, et ce fut un plongeon dans le mystère absolu… Complètement au-delà des mots et du langage où réside ceci, avant toute mentalisation particulière.

Pendant si longtemps, il y avait eu ce côté est mort, j'étais resté en retrait à regarder le monde passer sans moi. Le monde était devenu l'ennemi, parce qu'il n'était pas essentiellement réel. Comme les autres n'existaient pas, les interactions humaines au quotidien avaient perdu leur sens. Il y avait un tel déni relatif, un tel déni du monde. Il fallait qu'il y ait encore un moi pour rejeter la vie, prétendant être plus spirituel ou plus éveillé que les autres, se sentant suffisant et quelque peu arrogant, mais en réalité sans aucune joie dans ce vide.

La liberté que j'avais trouvée au départ dans la vacuité, s'était transformé en prison. La liberté dans le sans forme était devenue un déni de la forme, mais comme nous le rappelle le sutra du cœur bouddhiste depuis des milliers d'années :

"la forme est vide et la vacuité est forme. La vacuité n'est pas différente de la forme et la forme n'est pas différente de la vacuité. La forme quelle qu'elle soit, est la vacuité, et la vacuité est la forme."

Tout s'est effondré. Le déni de la forme ne pouvait plus tenir. Un jour comme les autres, et errant sans but, une journée d’absolument rien, de détachement du monde, épuisé… Jeff entendit une voix s'élever au travers d'un rayon de soleil transperçant les branches d'un arbre, la vie se fit entendre ainsi : « VIS, BON SANG VIS. »

Alors la vacuité s'effondra dans la forme, la forme dans la vacuité, il n'y avait plus ni forme, ni vacuité, que ceci, et aucun moyen de connaître ce que ceci était. La personne s'était fondue dans l'émerveillement.

Les arbres étaient de nouveau des arbres, les montagnes étaient de nouveau des montagnes, les rivières de nouveau des rivières. Tout retrouvait sa place. Les objets redevenus des objets, les pensées étaient reconnues pour des pensées, les sensations appréhendées pour des sensations, la tristesse pouvait être de la tristesse, l'amour pour de l'amour. Chaque chose était elle-même, et rien n'était mien. Parce que rien était mien, tout était mien. Les mots ne sont pas à la hauteur, mais au moins une vie ordinaire pouvait être vécue. Cette vie ordinaire était l'unique miracle.

Il y avait un retour dans le monde, même si ce n'était qu'un monde apparent, même si tout était un rêve, qu'il n'y avait pas de "moi" et pas "d'autres". Soudainement, après des années de détachement, à être détaché et à vouloir l'être, une détente s'était réalisée, une détente dans ce qui est. Tout était retombé dans une vie très ordinaire.

La recherche avait disparu. Le chercheur n'existait plus. Jeff était mort et Jeff était de nouveau. C'était la crucifixion et la résurrection tout en un, même si en fin de compte, personne n'était crucifiée et personne ne ressuscitait – et c'est là le message ultime de la Croix.

« Ce qui est » était vu être le miracle. C'était toujours suffisant. L'idée même de « spiritualité » s'envola par la fenêtre, ce concept n'était plus nécessaire. Les concepts « d’éveil », « illumination » et de « néant » disparurent également, tout comme les concepts de pratique, d'objectifs et de résultats futurs. Pourquoi ? Parce que l'herbe, l'arbre et le sol sous mes pieds étaient suffisants. Je tombais amoureux de ce sol solide ou le sol solide tombait amoureux de lui-même, et la recherche d'une vie entière était terminée.

Comme le dit Ramana Maharshi :

" le monde est illusion, seul Brahman est réel. Brahman est le monde."

                                                

                                                      D'après l'ouvrage "une absence extraordinaire" de Jeff Foster

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