De la réalité commune à la Réalité Absolue dans le Bardo Thödol

De la réalité commune à la Réalité Absolue dans le Bardo Thödol et selon les enseignements de Ashvagosha (Poète et philosophe bouddhiste, inde du nord, 80 à 150 av J.C)

En niant l’hypothèse de l’âme, le Bouddhisme de toutes les écoles maintient que l’immortalité personnelle est impossible, puisque toute existence personnelle est un flux instable en changement continuel, dépendant karmiquement de la fausse conception que tout phénomène ou apparence phénoménale ou état et être phénoménaux sont réels. En d’autres termes, le Bouddhisme tient que tout esprit individuel ou conscience individualisée ne peuvent réaliser la réalité.

L’essence des enseignements du Bardo exprime qu’autant un esprit humain est individualisé et se regarde comme séparé et en dehors des autres esprits, autant il demeure le jouet de Mara (le tentateur des désirs et pensées insatiables). L’ignorance qui le porte à regarder comme réel le panorama hallucinatoire des existences dans le Sangsara ou Samsara (errance et renaissance dans les 6 royaumes : dieu, demi-dieu ou Titans, des esprits affamés ou Prêtas, le monde des êtres tourmentés ou souffrance mentale aigüe, animal ou monde du plus plaisir des sens et enfin le monde humain.)  le conduit à se perdre dans le cloaque du phénomène.

La réalisation de la Réalité suivant le Bardo Thödol, dépend entièrement de l’extirpation complète de toute erreur ou croyance fausse de l’esprit et l’arrivée au point ou Mara (le tentateur) est sans pouvoir. Quand l’esprit est libéré de toutes obscurités karmiques, de l’hérésie suprême consistant à tenir pour réelles les apparences phénoménales dans les cieux, enfers et mondes, alors luit le savoir juste. Toutes formes se fondent dans le sans-forme, tous phénomènes dans ce qui est au-delà du phénomène, toute ignorance est dissipée par la lumière de la Vérité. La personnalité cesse, les êtres individualisés, le chagrin cessent, l’esprit et la matière sont reconnus être identiques, la conscience du plan terrestre devient la conscience supra mondiale et réuni au Dharma-Kaya (corps de vacuité, de Réalité absolue ou corps de Bouddha), le pèlerin atteint le but.

Le grand patriarche Ashvagosha a établi les doctrines suivantes sur la Réalité, dans son remarquable traité appelé : L’Eveil de la Foi.

De l’ignorance : La Vraie Réalité n’est originairement qu’une, mais les degrés de l’ignorance sont infinis ; voilà pourquoi les natures des hommes diffèrent dans leurs caractères. Il est des pensées désordonnées plus nombreuses que les sables du Gange. Certaines sont produites par les conceptions ignorantes, d’autres par l’ignorance des sens et des désirs. Ainsi toutes les sortes de pensées folles naissent de l’ignorance et ont, à leur début et à leur fin, des différences infinies que seul un Tathagata (celui arrivé à l’éveil) peut connaître.

Comme par la vraie Réalité l’homme sait qu’il n’y a pas de monde objectif, alors peuvent s’élever spontanément en lui les moyens de suivre cette vraie Réalité et d’obéir à ses lois (sans pensée et sans action) et, lorsqu’on est influencé par cette force durant un temps assez long, l’ignorance disparait. L’ignorance disparaissant, les idées fausses cessent de s’élever. Ces idées fausse cessant, le monde objectif précédent se termine aussi. Comme ces forces cessent d’exister, le faux pouvoir de l’esprit défini cesse également et ceci est appelé : Nirvana, quand les forces naturelles de la vraie Réalité travaillent seules.

Du phénomène : Tous les phénomènes ont leur origine dans l’esprit et n’ont réellement aucune forme extérieure ; donc, comme il n’est point de forme, c’est une erreur de croire que quelque chose est là. Si l’esprit est libéré de ces idées fausses, alors tout phénomène disparait.

Donc les phénomènes des trois mondes (désir, forme et sans forme) sont faits par l’esprit. Sans esprit, il n’est donc pratiquement aucune existence objective. Ainsi toute existence est causée par les notions imparfaites dans notre esprit. Toutes les différences sont des différences de l’esprit. Mais l’esprit ne peut se voir lui-même car il n’a pas de forme. Nous devrions savoir que tous les phénomènes sont créés par les notions imparfaites dans l’esprit défini, donc toute existence est comme une réflexion dans un miroir, sans substance, un simple fantôme de l’esprit. Lorsque l’esprit défini cesse d’agir, toutes ces sortes de choses cessent.

De l’espace : les hommes doivent comprendre que l’espace n’est rien. Il est sans existence et sans réalité. Nous disons seulement que ceci ou cela est visible, de façon à pouvoir distinguer les choses entre elles. Maître Suzuki (Zen Japon) s’exprimait ainsi << Qu’il soit clairement compris que l’espace ce n’est rien qu’un mode de particularisation et n’a pas d’existence réelle par soi-même. Lorsqu’il y a perception de l’espace, il y a simultanément perception d’une variété de choses en opposition desquelles il est parlé d’espace comme si celui-ci existait indépendamment. L’espace n’existe donc qu’en relation avec notre conscience discriminante >>

De l’esprit et la matière : l’esprit et la matière sont éternellement la même chose. Comme l’essence de la matière est la sagesse, l’essence de la matière est sans forme et appelée l’incorporation de la sagesse. Comme l’essence manifestée de la sagesse est la matière, elle est appelée l’incorporation pénétrante de la sagesse qui pénètre partout. La matière non manifestée est sans dimension ; suivant la volonté elle peut prendre l’apparence de Pusas (hommes intelligents et dévots ou Boddhisattvas) démesurés, traversant tout l’univers, d’esprits de gloires démesurées, tous différents, sans grandeur fixe, sans se gêner entre eux. C’est ce que les sens ordinaires ne peuvent comprendre car c’est du domaine de la Réalité Absolue.

Suivant cette Réalité Absolue, il n’y a pas de distinction entre l’esprit et la matière ; c’est à cause de la souillure du défini dans le cercle de la vie et la mort que ces distinctions apparaissent… Quant aux impuretés du monde, elles sont trompeuses ; il n’est pas de réalité derrières elles …

Finalement pour abandonner les concepts faux, on doit savoir que pureté et impureté sont des termes relatifs et n’ont pas d’existence indépendantes. Quoique toutes choses depuis l’éternité ne soient ni esprit, ni matière, ni sagesse infinie, ni savoir limité, ni existantes, ni non existantes, mais sont après tout impossible à examiner, nous usons des mots pour les définir. Pourtant, nous devrions savoir que l’habile emploi des mots, fait par le Bouddha pour bien conduire les hommes, consiste en ceci – arriver à ce que les hommes cessent de se livrer aux conjectures et retournent à la Réalité Absolue ; car la meilleure pensée humaine est temporaire et n’est pas la Vérité Absolue.

De la nature de l’esprit primordial : L’esprit depuis le commencement est de nature pure, mais depuis, il y a son aspect défini obscurci par les vues définies, il y a son aspect terni. Bien qu’il y ait cette souillure la pure nature originale demeure pourtant éternellement inchangée. Ce mystère n’est compris que par l’illuminé seul.

S’il n’y avait pas une vraie nature réelle de l’esprit, alors toute existence n’existerait pas. Il n’y aurait rien pour la montrer. Si la vraie nature réelle de l’esprit demeure, alors l’esprit défini continue aussi. C’est seulement quand la folie de l’esprit défini cesse que l’esprit défini cesse. Ce n’est pas la sagesse de la vraie réalité qui cesse. Quand les hommes arriveront à considérer et réaliser que l’Esprit Absolu n’a pas besoin de pensées comme celles des hommes, ils seront dans le droit chemin qui atteint l’illimité.

De la nature de l’absolu : Ce n’est ni ce qui eut une origine dans le temps, ni ce qui se terminera à un moment du temps, l’Absolu est vraiment éternel. Dans sa nature il est toujours plein de possibilité, il est décrit comme une grande lueur et une grande sagesse donnant la lumière à toute chose, réel et connaissant ; Sa vraie nature est celle d’un esprit pur, éternellement joyeux, la vraie vie des choses, calme, inchangé, par-là libre, ayant la plénitude des vertus et attributs boudhiques, plus nombreux que les sables du Gange, divin, sans fin, permanent et indescriptible.

Maître Suzuki s’exprimait ainsi : << Ce ne fut pas créé dans le passé et ce ne sera pas détruit dans le futur, c’est éternel, permanent, absolu et de toute éternité. Embrasse dans son essence tous mérites possibles, à les caractéristiques qui suivent : l’éclat de la grande sagesse, l’illumination universelle, le vrai savoir adéquat, l’esprit pur et net en sa propre nature, l’éternel, le béni, le contrôle de soi, le tranquille, l’immuable et le libre. >>

Derrière toute expérience de la nature, il n’y a pas de commencement, ni de fin – cela est le vrai Nirvana (illumination, éveil, libération). Derrière chaque existence se trouve naturellement le Nirvana suprême (ou suprême repos).

Maître Suzuki l’exprimait ainsi : << Qu’il soit clairement entendu que l’essence des cinq Skandhas (les cinq agrégats constituant l’individu : la forme corporelle, la sensation, la perception, la formation mentale et la conscience) est incréée, qu’ils ne sont pas annihilés et puisqu’ils ne sont annihilés, les Skandhas dans leur origine (métaphysique) sont le Nirvana même. Toutes choses depuis le commencement sont dans leur nature le Nirvana même. >>

Ainsi le grand patriarche Ashvagosha avec ce texte témoigne de la justesse de la suprême philosophie de l’école bouddhiste Mahayana (grand véhicule), qui soutient le Bardo Thödol.

 

 (Extrait de l’ouvrage << Bardo Thödol le livre des morts tibétains >> du lama Dawa Samdup et du Dr W.Y. Evans-Wentz)   

 

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