Causerie au sujet du Maître et Enseignant authentique

 

Question : Comment un chercheur sait-il qu’il a rencontré un véritable instructeur et non quelqu’un qui propose une nouvelle philosophie ou un version nouvelle d’une ancienne philosophie ?

Réponse : Il aura, au début, l’intuition que cette personne pourrait bien être celle qu’il cherchait pour l’aider le long du chemin. Puis, à un moment donné, par les paroles et les gestes de l’instructeur, par les accents de sa voix et son regard, ou plus profondément, par sa présence silencieuse, il se produira une fusion dans le cœur qui donnera au chercheur la conviction absolue qu’il a trouvé celui qu’il cherchait. Dans cette véritable rencontre avec son maître, il trouve l’amitié ultime et l’intelligence qu’ils ont en commun et aussi se découvre lui-même. Plus que ses paroles, son humilité et sa sincère innocence convainquent le chercheur, au plus profond de son cœur, qu’il a enfin rencontré celui qu’il cherche.

Question : Comment quelqu’un peut-il savoir qu’il se trouve en présence d’un enseignant qui n’en est pas un ?

Réponse : Un manque de clarté, la présence d’émotions ou de sentiments personnels, tels l’attachement envers ses élèves, peuvent en être des signes. Nous avons vu précédemment qu’une fusion doit s’opérer au tréfonds du cœur en présence de l’enseignant afin de faire naître la certitude de son authenticité. Par « fusion dans le cœur » ce n’est pas une référence à un état émotionnel semblable à ce qui peut être éprouvé au cours d’un cheminement dévotionnel mais, plutôt à un non-évènement, résultant d’une parfaite clarté d’esprit.

Cette clarté d’esprit est une condition nécessaire. Après et seulement après, la fusion peut se produire. En l’absence de cette clarté, on reste dans une relation de personne à personne, entre un enseignant qui peut être une personne sainte, mais reste néanmoins une personne et un élève qui est destiné à demeurer un élève aussi longtemps que l’enseignant demeure une personne ; ce qui peut durer longtemps.

Question : Comment décrire la différence qu’il y a entre l’audition directe des paroles d’un sage de sa bouche même et la lecture de ses écrits ou de ses propos ?

Réponse : Les mots peuvent être trompeurs. Si les paroles d’un sage sont reçues hors de sa présence, le lecteur risque de les conceptualiser, car il ne connait pas d’autre mode de connaissance. Il va parvenir à des concepts qui sont plus subtils et, en un sens, plus proche de la vérité. Mais en pratique, dans la plupart des cas, une aperception authentique de la vérité nécessite la présence d’un sage, au moins la première fois. En sa présence, la conceptualisation prend fin et cède la place à l’expérience. Par la suite le chercheur, lisant les mots du sage ou simplement se remémorant sa présence, se trouvera ramené à l’aperçu intemporel qu’il eut lors de leur première rencontre. Les mots et écrits ne se rapportent plus à quelque chose d’inconnu. Bien qu’il ne puisse encore saisir ou visualiser ce « quelque chose » au niveau mental, les mots pointent vers ce qu’il sait être sa propre réalité, son expérience ultime.

Question : Comment cela ?

Réponse : Parce que maintenant il sait. Jean Klein utilisait l’exemple suivant : « Si vous n’avez jamais goûté à une mangue, le mot mangue n’évoquera aucune saveur pour vous. Si l’on vous décrit la saveur et la texture de la mangue comme voisines de celles d’une pêche ou d’un abricot mûrs à point, vous aurez de la saveur de la mangue une idée plus précise que si vous l’imaginiez proche de la carotte. Mais vous ne savez pas encore. Votre connaissance reste conceptuelle. Goûtant à la chose, dès la première bouchée, vous savez. »

 

                                                       D’après les textes de l’ouvrage « Le sens des choses » de Francis Lucille

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