Les prosternations de Droungpa Kounley

L'iconoclaste Drougpa Kounley, le Fou divin, entra un jour dans un monastère pendant un office religieux. Il déambula dans les lieux comme s'il flânait sur la place du marché. Il ne s'inclina devant aucun des grands lamas. Ni même devant le stoupa qui trônait au milieu de la cour. Soudain, il s'arrêta en contemplation devant une jeune beauté.

Un vieux moine s'approcha du yogi errant et lui dit à l'oreille:

-  Vraiment, tu te conduis ici comme un mécréant. Tu  ne montres aucun respect pour la religion.

-  Détrompe-toi mon oncle, je suis un authentique adepte des tantras. Mais là où j'en suis, j'en ai fini avec les rites extérieurs et toutes ces simagrées.

-  Peut-être, ronchonna le vieux, mais tu ne montres pas l'exemple aux laïcs.

-  Bien, s'exclama Kounley, je vais donc faire mes dévotions.

Il se prosterna neuf fois devant la jeune beauté en chantant :

Je m'incline devant ce corps d'argile

que l'artisan le plus habile

jamais sculptera.

Je salue cette jolie fille

aux proportions divines

plus gracieuse q'un stoupa.

J'honore son lotus sacré

qui ouvre les portes du mandala

de la suprême félicité.

 

La foule des laïcs fut secouée d'un rire bruyant tandis que l'assemblée des moines interrompit sa plasmodie pour lancer des regards noirs en direction de l'odieux perturbateur. Le Maître de discipline, le visage aussi cramoisi que sa robe de moine, s'élança vers Kounley en brandissant un bâton pour le chasser hors de l'enceinte sacrée.

-  Et ! doucement, s'insurgea le Fou divin. Je ne fais que rendre hommage à une éminente émanation de Tara, la mère de tous les Bouddhas, la Vacuité originelle.

Et sous les coups de bâton, il se remit à chanter :

Aïe, je prends refuge dans sa matrice

qui permet d'obtenir

un précieux corps.

Ouille, j'honore ce vivant symbole,

ce véritable reliquaire

de la grande déesse.

 

 

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