Gampopa disciple de Milarepa

Gampopa 1er disciple de Milarepa

I/Vie sociale :

Gampopa était le fils aîné de l'un des plus grands érudits et médecins de son temps. Initié dés l'enfance aux huit branches de la médecine et aux dix sciences, doué d'une intelligence rare, il devint à 22 ans le médecin personnel du Roi Nyel, dans la vallée de Séwa.

Il épousa la fille du Roi qui lui donna deux enfants admirables. Ce médecin à qui tout souriait, bénits des Dieux ne restait pas calfeutré dans le bonheur aristocratique du palais familial. Sa porte était toujours ouverte aux cas désespérés et il n'hésitait pas à se rendre auprès des plus humbles.

Un temps arriva où dans la vallée se manifesta une redoutable épidémie. Gampopa se dépensa sans compter pour endiguer ce fléau mais rien n'y fit, ni la science, ni les rîtes apaisèrent la situation. Ce fût une hécatombe; et le sort s'acharna sur le médecin royal, en une semaine il perdit sa femme et ses deux enfants.

Le bonheur de Gampopa n'avait été qu'un rêve éphémère; il buvait maintenant à la coupe de la souffrance jusqu'à la lie la plus amère. Il décida de renoncer au monde et de se faire moine. Après avoir vendu tous ses biens, il fît trois parts : une servirait à payer les funérailles, une autre fût distribuée aux pauvres et il emporta la troisième part comme viatique pour sa quête du dharma.

II/Vie monastique :

Gampopa fît la tournée des monastères pour y recevoir les initiations orales des principaux lamas. Il se fixa à Gya Chakri où il prononça les vœux de l'ordination majeure et pratiqua sous la direction personnelle du Khenpo (abbé supérieur). Au bout de quelques mois, les méditations de Gampopa furent troublées par la vision d'un yogi déguenillé, à la peau verdâtre et aux cheveux broussailleux, qui lui crachait au visage. Il s'en ouvrit à son lama qui lui dit que c'était sans doute un mauvais tour de Béghar, l'un de ces démons qui prenaient un malin plaisir à tourmenter les adeptes du Dharma (enseignements du Bouddha). Mais même après une cérémonie d'exorcisme, le yogi patibulaire continuait de hanter les méditations de Gampopa. Son maître lui conseilla finalement de ne plus méditer pendant quelques temps et de reprendre des pratiques externes telles que faire tourner un moulin à prières et de se livrer à des circombulations autour des Stoupas (monuments symboliques religieux) en récitant des mantras.

Alors qu'il faisait le tour d'un stoupa, Gampopa fût distrait par la conversation de trois mendiants; le plus vieux des trois dit: j'aimerai atteindre la libération comme le yogi Milarepa. Il ne dépend de rien ni personne. C'est un bouddha vivant, un mahasiddha au-delà de la souffrance, de la faim, du froid. On dit qu'il extrait sa nourriture de l'air que les Dakinis (divinités) lui servent à boire le nectar divin. Certains affirment l'avoir vu se déplacer en volant ! j'ai fait vœu d'aller en pèlerinage lui demander sa bénédiction.

Quand Gampopa entendit le nom de Milarepa, il se mit à trembler de la pointe des cheveux au bout des orteils. Tout dansait autour de lui, ses jambes se dérobaient. Il dût se raccrocher au stoupa comme un marin au mât d'un navire balloté par la tempête. Quant il eut reprit ses esprits, les mendiants étaient partis. Il sortit du monastère et les aperçût sur le chemin. Il les rattrapa, leur dit qu'il avait surpris leur conversation et les invita à manger dans l'auberge

du village. Il paya le gîte et le couvert pour les trois miséreux, les laissa se repaitre tranquille et passer une bonne nuit et avec la résolution de leur demander plus de détails le lendemain sur ce yogi hors du commun.

A l'aube Gampopa était de retour à l'auberge. Il questionna de nouveau le mendiant sur Milarepa.

- Milarepa à médité douze ans dans la solitude des montagnes, ne se nourrissant que de brouet d'orties.

Sa peau et ses poils en ont gardés la teinte. Il a obtenu les réalisations d'un mahasiddha. C'est un errant qui vagabonde sur les hauteurs. Il ne séjourne que dans les grottes où lui rendent visite ses disciples. Aux dernières nouvelles il serait sur le mont Chouwar, dans le Drin. On l'appelle aussi le yogi chantant car il enseigne le plus souvent en improvisant des chants incomparables.

 

Gampopa dit qu'il désirait lui aussi se rendre auprès de Milarepa et demanda au vieux mendiant de le conduire jusqu'à son ermitage. de retour au monastère, Gampopa alla trouver son maître le Khenpo pour lui dire qu'il désirait partir étudiait auprès de Milarepa, le yogi qui hantait ses méditations. Bien dit le lama, il semble évident que tu as des liens karmiques avec ce yogi. Nous avons façonné le gong mais c'est un autre qui le fera sonner. N'oublie pas tes premiers maîtres, ne rejette pas notre tradition, n'abandonne pas tes vœux monastiques même si tu suis la voie des nadjorpas. Après avoir rassemblé ses affaires, Gampopa reprit le chemin de l'auberge et il mêla ses pas à ceux du pèlerin chenu.

Après plusieurs semaines de marche, le pèlerin arriva au pied de la montagne où vivait le bienheureux. Il rencontra une femme à qui il demanda si elle savait où était l'ermitage du saint yogi, elle lui dit qu'elle devait s'y rendre le lendemain, qu'elle était un disciple de Milarepa et que le maître avait annoncé qu'un moine médecin viendrait bientôt et qu'il l'attendait depuis longtemps et plaçait de grands espoirs en lui.

 

III/La rencontre avec Milarepa :

 Le lendemain, c'est gonflé d'orgueil en pensant que le médecin que le maître attendait ne pouvait être que lui et que sa venue auprès du maître le confirmerait. Arrivé devant la grotte la femme le laissa à l'entrée et s'enfonça dans la grotte en se prosternant. Elle revint peu après et annonça au moine:

              "  Le maître ne vous recevra pas aujourd'hui, ni sans doute demain. Il m'a demandé de vous amener dans une grotte en contrebas où vous attendrez  qu'il vous accorde un entretien."

 

Après trois jours de solitude, le mental de Gampopa broyait ce genre de pensées:

 " Le maître m'aurait-il oublié ? ne devrais-je pas aller trouver la femme qui m'a conduit ici pour qu'elle me rappelle à son bon souvenir ? "

 

Au bout d'une semaine, il se raisonnait en tenant à peu près ce langage :

 " C'est peut-être une épreuve pour tester ma détermination, ma patience."

 

Quinze jours plus tard, les pensées tournaient comme des tigres dans la cage du crâne de Gampopa et feulaient ainsi:

 " C'est incroyable ! si le maitre m'attende depuis si longtemps, si ma venue était si importante, pourquoi me laisser croupir ici ? Cette femme m'aurait-elle pas omis de dire, par distraction, sinon par jalousie, que je suis le fameux moine médecin du Tibet central ? Avoir fait tout ce chemin au péril de ma vie pour être traité ainsi ! "

 

Un mois s'était peut-être écoulé. Gampopa ne savait plus, ne voulait plus compter. Il était désespéré de voir tout ce temps filer sans pouvoir étudier, pratiquer avec quelques paroles du maître. Un seul mot aurait pu le mettre sur la voie de la réalisation qu'il cherchait si ardemment. Aurait-il mal compris les paroles de cette femme ? Avait-elle mal interprétée celles de Milarepa ? Il avait de plus en plus la conviction qu'il était victime d'un incroyable, d'un odieux malentendu..... Mais pouvait-il avoir un autre moine médecin qui soit venu de si loin en jouant sa vie sur des cols enneigés ? quelqu'un de plus savant, de plus méritant que lui ? ....

Au bout d'un temps infini le moulin intérieur de Gampopa avait broyé tout le grain des pensées. Il tournait à vide. Et le reclus vit clairement, pour la première fois, à quelle danse illusoire du mental il s'était laissé piéger. Son esprit instable avait épousé les pensées les plus contradictoires, pareil au macaque qui passe de branche en branche et d'arbre en arbre. Et ce jour-là il vit avec horreur que son cœur nourrissait encore les trois poisons : le coq de la convoitise, le serpent de la jalousie et le cochon de l'ignorance.

Le soir de cette édifiante méditation, Gampopa fût l'hôte de Milarepa. Le moine se prosterna devant le gourou et lui offrit tout l'or qu'il avait emporté dans l'espoir d'obtenir l'initiation du Mahamoudra, le Grand Sceau, le Suprême Accomplissement. Le yogi prit une poignée de poudre d'or et la projeta autour de lui en mémoire de son maître Marpa et pour honorer les divinités du ciel et de la terre ainsi que du monde souterrain. Puis il prit encore de l'or qu'il confia à son trésorier pour venir en aide à ses disciples les plus nécessiteux. Le reste il le tendit à Gampopa et lui dit :

" Reprend cet or dont je n'ai nul besoin et distribue-le aux pauvres."

 Pour la première fois, le moine regarda le yogi avec ses yeux de chair. Il était semblable à celui de ses visions qui le hantaient lors de ses méditations. Avec son corps décharné et verdâtre revêtu d'un simple drap de coton et de ses longs cheveux blancs, il ressemblai à une veille souche moussue couverte de cendres, à moitié dévorée par le feu de l'ascèse. Et quand le candidat disciple croisa la flamme de son regard, il sentit qu'elle consumait tout ce qu'elle touchait.

Milarepa souriant de sa bouche édentée par tant de privations, offrit à Gampopa un kapala, une calotte crânienne remplie de Chang (bière), et dit:

 " Bienvenue, fils. Buvons à nos retrouvailles."

 Et le yogi vida sa coupe écumante d'un trait. Gampopa, le demi-crâne entre ses mains, resta interdit. Il était moine ordonné, avait fait vœu de ne pas boire une goutte d'alcool. Milarepa ricana et demanda :

 " Tu hésites, fils ? demande-toi ce qui est le plus important : ta parole ou celle de ton Maître ? "

 Le moine porta la coupe amère à ses lèvres et but jusqu'à la dernière goutte. Milarepa sourit. C'était le signe, c'est à l'hiver de sa vie, qu'il avait enfin trouvé le vase d'or pur capable de contenir le lait de la lionne des neiges, le réceptacle où il pourrait verser tout le précieux nectar de ses enseignements.

 

 

 

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